#PayeTaCambrousse

Engagée en faveur du féminisme, depuis son commencement, nous soutenons #MeToo, avons suivons Balance Ton porc qui visait à dénoncer, en 2017, les harcèlements sexuels du quotidien, nous encourageons toutes les prises de parole féminine contre les discriminations et violences sexistes et sexuelles.

A l’instar des frangines vigneronnes et leurs témoignages découverts, en 2022, sur #Payetonpinard, dans la foulée, lancée en 2023, du #MeeToo Agricole par Laura Chalendard, je mets à disposition #PayeTaCambrousse!

Parce qu’il est plus que temps de dénoncer les discriminations subies par les femmes à la campagne car ce sont, aussi, des mondes où l’histoire des femmes n’est pas racontée.

/ Paye ton pinard » : l’association qui dit non à la discrimination dans le monde du vin: Source

Bashing ?

Les souvenirs que j’ai, adolescente, de la campagne, c’est un terrain de foot parce qu’il n’y avait pas de café, pas de salle, pas de lieu pour discuter, nous rencontrer, entre filles, sans être dérangées. Le terrain de foot était le seul espace sécure.

La ruralité ce n’est pas une coquille vide, c’est immense, intense et très complexe, quand on vit, qu’on y travaille.

Je connais la campagne, pour y avoir grandi, depuis 1989. Par intermittence, j’y ai résidé, rarement travaillé faute de trouver un emploi, de 2013 à 2015 puis de 2021 à aujourd’hui.

Dans ce type de territoire, être une femme c’est multiplier les précarités.

Cela revient à essayer d’être patronne, à tenter des projets, à ne pas avoir accès à un emploi correctement rémunéré, c’est avoir accès à des métiers sous valorisés, être peu formées car c’est être loin, tellement loin presque dans tous les sens du terme.

C’est se trouver dans un ailleurs au delà des kilomètres!

Nous ne sommes pas si bien à la campagne, dans nos campagnes comme j’entends si souvent, très dur avec peu d’argent et pire quand on cumule peu d’argent et qu’on est une femme.

Ici, cela ne m’appartient pas. Ce n’est pas ma campagne. Comme la nature n’est pas à moi. Ce village n’est pas à moi car il n’est pas, à lui tout seul, une propriété privée.

Si c’était le cas, je ne serai pas chez moi et cela pourrait justifier vos mentalités, attitudes, sans vous placer dans l’irrespect du droit. Vous auriez le droit de choisir, de trier, de rejeter et de bannir celles et ceux que vous ne voulez pas. Sauf qu’un village ce n’est pas cela!

Je ne suis donc pas chez vous. Je suis chez moi à l’adresse où je réside.

Etre une femme à la cambrousse, c’est avoir du mal à être respectée au milieu d’hommes qui parlent, qui occupent l’espace, qui n’ont pas envie ni l’habitude qu’on leur pose des questions, ni qu’on leur réponde. Des hommes qui apprécient les femmes mutiques, effacées voire celles qui œuvrent pour eux avec le mépris des autres.

Etre une femme en rase voire en basse ruralité, quand il y a peu d’argent et peu de mixité sociale, c’est évoluer tout près de personnes qui choisissent la honte à la libération de la parole, c’est se trouver tout à côté d’hommes qui vous observent, vous critiquent là où il n’y a rien ou presque à quoi se raccrocher pour être respectée ou traitée en égale.

Ils ne le vous permettent pas, préférant vous discréditer ou minorer les actes, mots et gestes dont vous êtes témoin, victime.

A la campagne, mieux vaut être blanche et mariée, de préférence hétéro et jeune car les choses se corsent si vous jouer dans la cour de la différence.

Et c’est mieux avec des enfants car sinon vous êtes trop en dehors des clous traditionnels et là, vous êtes exclue, même par les femmes.

De plus, ici, on veut des familles.

Sans enfant, votre parole est éliminée. Même si on ne sait rien de vous, rien de votre vie et que vous n’avez rien à prouver, à justifier. On vous isole, encore un peu plus. On vous fragilise.

Là, on va vous accuser de telle ou telle chose fausse aussi pour vous blesser, vous attaquer, vous nuire, c’est aussi là que vous allez recevoir des atteintes à la dignité, des attaques à caractère sexistes et/ou sexuelles. Rien ne va bouger ensuite, tout le monde se tait et parle dans votre dos.

La campagne, c’est le territoire le plus défavorable en termes d’égalité.

La mise en avant d’une France d’avant est quasi systématique, la carte postale rurale mais rétrograde et dangereuse n’aide rien.

Au cœur des festivités dites paysannes, agricoles, le souvenir est masculin. On met en scène une vie d’hommes sans se soucier des femmes, de leurs trajectoires et parcours. Elles sont invisibilisées par les machines.

On ne réalise pas les dérives actuelles du masculinisme tout comme on ne voit toujours pas que la consommation d’alcool engendre des comportements totalement déplacés et abusifs.

On ne réinterroge pas, on ne déconstruit pas, on ne sensibilise pas, on nourrit l’inverse et on laisse.

Parlons des traditionnelles considérations des aînés sans distinction de parcours et de genre.

Alors que la parité n’existe pas, que la vie professionnelle n’est pas du tout la même pour les femmes, pourquoi cela changerait lorsqu’elles sont plus âgées ? Comment peut-on rassembler à partir de la seule question de l’âge ? Comment peut-on imaginer qu’il n’y ait qu’une vieillesse, tout comme une seule manière d’être jeune ? Que signifie être aîné ?

D’autant que la vieillesse reste tabou, le corps de la femme est celui qui subit le plus de discriminations.

« Les inégalités et les discriminations portant sur les femmes âgées sont peu documentées dans la littérature. La problématique est cependant massive et dramatique pour des millions de femmes. Tout semble confiné à une invisibilité de leur détresse. » Prenez le temps de lire ceci


Il aura fallu attendre 1961 pour que le mot « agricultrice » fasse son apparition dans le dictionnaire Larousse. Au début du XXe siècle, et jusque dans les années 60, l’agriculture était exclusivement une affaire d’hommes, une activité transmise de père en fils.

Les femmes ne travaillaient pas, elles aidaient leur mari. « Pièce rapportée » à un ensemble préexistant – l’exploitation agricole de la belle-famille –, l’épouse du chef d’exploitation était l’« aide familiale ». Autant dire « sans profession ». La division des tâches répondait alors aux critères de la vie familiale, et non à ceux de la profession. » Source : Agricultrices

Aujourd’hui, les femmes qui exercent dans le monde agricole ne sont pas toutes femmes ou filles d’agriculteurs. Si 46 % viennent de familles agricoles, un tiers d’entre elles est issu d’un milieu rural non agricole et 24 % d’un environnement citadin.  « 

Je vous invite à prendre connaissance des initiatives féministes du MeeToo agricole impulsé par Laura Chalendard pour saisir ce que c’est que d’être agricultrice et féministe aujourd’hui.

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Témoignage

Il n’y a pas que le monde agricole pour les femmes à la campagne, il y a de très nombreuses auxiliaires de vie, travailleuses dans des magasins alimentaires, dans des chaines de magasins, des demandeuses d’emploi, des retraitées…

Malgré mon parcours et mes compétences, ici, on ne me permet pas, on ne m’attend pas, on ne me traite pas à ma juste valeur.

Face à la méfiance et aux préjugés, je dois prouver, me démener, quitte à y laisser des plumes pour pouvoir m’en sortir, je dois toujours anticiper, ouvrir mes mondes le plus possible.

On me répond encore « ce sont des métiers d’hommes, les bureaux, pour une femme, c’est mieux ». Je déplore aussi que la surreprésentation masculine à des postes à responsabilités, au cœur des instances décisionnelles, est ultra flagrante et souvent peu permissive.

Là, on va, d’un côté, me mépriser pour mon parcours et mes diplômes et de l’autre côté, on va réduire mes connaissances et savoirs à peau de chagrin.

Au quotidien, j’ai affaire à des personnes qui manquent d’éducation, qui parlent aux autres comme à des chiens, qui vous sautent au visage dès que vous venez avec une idée, une remarque.

Il est normal et sain d’exiger le respect de mes interlocuteurs et interlocutrices et de refuser de manière catégorique les attaques qu’elles soient d’ordre sociale ou sexiste.

#PayeTaCambrousse vous dit:

Nous en appelons à vos témoignages, à vos colères, à vos révoltes, ne nous décourageons pas, nous ne sommes pas seules!


Comment se présenter à la campagne ?

Je ne choisis pas de passer par la distinction pour me situer, le « d’où je viens », le statut social ce ne sont pas des critères. Je m’adresse à toutes et tous. J’explique le « d’où je parle », c’est-à-dire que si je vous dis cela c’est que j’y ai mûrement réfléchi. Si j’avance telles ou telles idées, porte tel ou tel projet c’est que j’y ai travaillé, pas de place pour le superficiel, l’improvisé, le manque de volonté chez moi.

Vivre, s’installer quelque part pour moi c’est s’engager, c’est se bouger. Comment rester muette et simplement, dès lors, regarder ?

Des tonnes de pierres participent à ce que je sois étouffée dans mes actions en faveur de la place et la parole des femmes.

Après avoir longuement réfléchi au comment, j’ai décidé de créer ce #PayeTaCambrousse parce que ce n’est pas fun d’être en rase campagne, pas sexy non plus.

Là, sous mes yeux, le mal est fait ou encore présent, les habitants ne se parlent plus, s’isolent, meurent d’isolement, et subissent les façons et manières brutales d’une vie politique locale qui n’invite pas à la considération au vu de ses méthodes.

J’ai reçu, ici, un mépris du savoir, combien de fois ai-je été mordue par des élus alors même que je me posais des questions et que j’essayais de comprendre comment s’exprime le mal être et le manque, ici. J’ai été intimidée, prise pour une menace, j’ai mené des actions qui ont été reçues comme des formes de concurrence quasi déloyale au pouvoir en place. J’ai été, verbalement, insultée par un type que j’ai vexé par mes rejets.

La honte est dans votre camp

Ici, je suis jugée parce que je ne suis pas de là, je suis critiquée parce qu’on ne me connait pas, les mondes ne s’ouvrent pas, ce n’est pas faute de toquer à de très nombreuses portes, de tenter, de prendre des risques.

J’ai été écœurée d’entendre de la part d’un recruteur qu’à compétences égales, il choisirait quelqu’un de Limoges. N’est-ce pas de la discrimination? Je réside à 40 km de cette ville que j’essaie d’apprivoiser mais que je ne rejette pas.

J’ai pu subir des attitudes passives agressives de la part de recruteurs, toujours des hommes, qui me regardent de la tête au pied. Je sens la condescendance, je sens le mépris sans comprendre d’où il vient. Que voient-ils ? Que comprennent-ils à mes galères, à mes organisations souvent héroïques ? Que savent-ils de la charge mentale de mon quotidien de cambroussarde ?

Ici, l’effet est saisissant, si les routes étaient moins dangereuses, je prendrai mon vélo, si les transports en commun, que j’utilisent par ailleurs le plus souvent possible, avaient des horaires permissifs pour travailler dans le privé….

J’ai voulu aborder le sujet du covoiturage, on me dit ce n’est pas dans les mentalités.

Ici, c’est la fête à la dépendance, à l’autre, à la voiture, c’est la gloire au carcan. Cela exige des efforts colossaux et c’est très difficile d’en sortir, indemne.

Parce qu’ici, alors même que vous avez fourni tous les efforts possibles pour vous rendre disponible pour un rdv, on se moque de vous en vous renvoyant au visage que vous n’êtes qu’à 20 km.

Vous imaginez 20 km à pieds le long d’une route plutôt en excès de vitesse question voitures avec un peu de camions ? Et surtout, vous imaginez 20 km sans trottoir ni piste cyclable ?

Vous le feriez vous ?

C’est faisable me répond un type qui habite et travaille dans la même ville, qui plus est en son centre. Et un autre, faut acheter une voiture, mais avec quel argent ?

Un jour, après avoir fourni de gros efforts pour tenter de comprendre (je me suis interrogée sur les missions d’un lieu culturel), j’ai osé poser des questions puis ai fait face à un trio de femmes, celle qui avait le plus de pouvoir m’a dit que je ressemblais à un robot

C’est sympa ?

Tout semble loin aussi parce que les structures, acteurs ne se modernisent pas, ne font pas d’efforts. Il est quand le moment où vous saisirez que la Visio c’est très bien et très pratique, tout comme le télétravail alors même que votre présence n’est pas indispensable.

Toujours pour du travail, je me suis déplacée, ai dépensé de l’argent, ai mobilisé ma journée, parfois entière, pour un RDV d’un quart d’heure. On ne m’a jamais informée de la suite de cet entretien…

Je suis lasse de cette série d’inadaptation où je ne sais pas ce qui est recherché, attendu ? Quelle efficacité ?

Avons-nous donc encore de l’énergie à gaspiller, à perdre pour des déplacements inutiles ?

Lorsque je vois, parfois, le manque de professionnalisme, souvent, le manque de volonté, je me dis: suis-je obligée de tout prendre sur moi au regard de la répartition des efforts à fournir ?

L’immobilisme et le silence ne peuvent plus être les deux seules réponses

Nous souhaitons être un porte voix pour les femmes dont on ne raconte pas la vie ni les difficultés, les trajectoires. Leur quotidien s’organise au beau milieu parfois d’un grand vide en raison d’une absence de soutien, d’une impression très vive de relégation.

Les femmes galèrent et subissent les discriminations les plus vives, les formes d’exclusion d’un système trop fermé où l’émancipation n’est pas à l’ordre du jour.

Etre une femme à la campagne peut être douloureux car tout le monde se connait et la culture du ragot est folle. Etre une femme à la campagne, c’est y être à tous les âges de la vie, c’est aussi y vieillir, c’est aussi y être seule, y être veuve, divorcée, et parfois, mal accompagnée.

#PayeTaCambrousse s’adresse à toutes les femmes victimes ou témoins de discriminations, de violences sexistes et sexuels qui résident à la campagne, sans distinction.

Il faut créer de l’espace pour que les femmes s’expriment, pour qu’elles aient le droit de réprouver un système patriarcal sans être jugées, sans être sexualisées, réduites, rabaissées.

Vous pouvez nous écrire, en toute confidentialité à : vayresasoi]@gmail.com

Bien à vous et merci.

Isabelle Pompe, 2 février 2026.