Des abris pour l’imaginaire sont à créer

Nuits de la lecture, 9ème édition

Villes & Campagnes du 21 au 25 janvier 2026

Il y aurait beaucoup à dire du livre et de la lecture à la campagne en raison du fait simple suivant: c’est un abri vital pour l’imaginaire.

Depuis notre lieu de résidence, nous luttons contre le stigmate de la campagne comme territoire pauvre culturellement et intellectuellement. Souvent conservatrice, répétitive, trop excluante ou en vase clos…

Mais, ici, c’est surtout une forme d’absence de conscience collective qui nous navre.

Nous nous souvenons avoir proposé la création d’une bibliothèque éphémère voilà deux ans et avoir été intimidées pour ce même projet par un membre du conseil municipal de notre commune. Aujourd’hui encore, alors que rien n’existe, cela sera toujours lamentable.

Les abris pour l’imaginaire demeure des espaces essentiels.

Il n’y a rien de plus subversif que de créer des abris pour l’imaginaire. Heiner Müller.

Aujourd’hui, nous sommes désolées de constater, de déplorer la pauvreté des propositions pour cette nouvelle édition des Nuits de la lecture, faites dans les environs de notre commune, du point de vue des équipements culturels.

Avec cet article, nous vous invitons à saisir l’importance de cet évènement là où la culture est plus politique qu’ailleurs, en rase cambrousse!

Pour vous situer sur nos engagements associatifs en faveur de la lecture: Nous avons participé aux Nuits de la lecture (édition 2024) avec Faire Corps, parce que la lecture, c’est aussi l’édition, nous avions souhaité porter à bout de bras, Téma, le 1er salon de l’édition en pleine campagne, à Vayres en mars 2025. Nous insistons sur l’édition et non, uniquement, le livre car c’est l’écosystème du livre qui nous intéresse.

Nous avons dû mettre en stand by ce projet de par l’attitude de certains auteurs et en raison des mentalités locales. Lasses, nous sommes lasses de l’individualisme, du manque de respect des initiatives associatives où tout est bénévole et lasses de cet abject opportunisme.

Nous pensons, en ce jour, beaucoup, à la maison d’édition L’association qui traverse une période douloureuse:

Après trente-cinq ans d’existence et plus de 800 livres publiés, L’Association affronte aujourd’hui une situation financière très compliquée, étranglée par des problèmes de trésorerie qui pourraient nous forcer à cesser toute activité éditoriale.

Soutenons et aidons cette chère maison d’édition indépendante! Source l’association.

Le livre est bien plus qu’ un objet, une couverture, un nom c’est aussi l’outil d’une guerre culturelle, telle que nous la voyons avec notamment la volonté monopolistique des médias Bolloré et l’attitude des éditions Fayard.

Parce que le livre est toujours en danger, parce que les chiffres et études de 2023 font toujours flipper, au regard de la maîtrise de la lecture.

La France est en deçà de la moyenne européenne.

En 2023, un jeune français sur dix peine à lire correctement.

Voici le chiffre préoccupant révélé en juin 2023 par la Depp, l’agence statistique du ministère de l’Éducation.

« L’écart entre le nombre de mots entendus par un enfant de 3 ans, en fonction de son milieu social, se compte en millions.

Et si les difficultés en lecture s’avéraient être la source de toutes les inégalités scolaires ?

L’étude internationale Pirls sur la lecture et la compréhension de l’écrit le montre dans sa dernière édition  :

La catégorie sociale de la famille joue un rôle majeur dans les résultats des élèves, de même que toutes les activités liées à la lecture et au langage que les parents peuvent entreprendre dès le plus jeune âge.

En cause notamment : la focalisation sur les apprentissages du CP, alors que la maternelle et les autres niveaux du primaire sont aussi importants. »

Source: Le Monde les raisons qui expliquent la fragilité des élèves français en lecture

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Nous vous précisons le crédit de l’affiche des Nuits de la lecture, il s’agit d’une œuvre de Tom Haugomat, ici + de détails sur l’illustrateur aussi parce que l’IA pose le grave problème des droits d’auteur et celui de l’importance capitale de la créativité.

Là où il y a peu de lieu, peu de lien, les Nuits de la lecture c’est un temps culturel commun fondamental !

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Par son thème, cette année, Villes & Campagnes, cette édition c’est aussi l’opportunité pour, enfin, aborder, en rase campagne, les questions de droit et d’accès au droit et les questions environnementales et climatiques.

Une porte d’entrée, également, dans le sujet terrible des violences faites aux femmes et aux enfants à la campagne.

N’oublions pas les violence sociales et symboliques faites à la jeunesse, en termes toujours d’accès, en particulier dans le cadre de leurs études, de leurs projets professionnels fortement impactés par les préjugés et par les graves problèmes de mobilité.

Une ouverture obligatoire pour permettre des respirations culturelles

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Nous étions en mesure de présenter une exposition photographique dont le thème rôdait, non sans ironie, autour des mythes et des faits mais aucun appel à participation n’ a été lancé, aucun appel à projet.

Nous rencontrons des directeurs de structures, de lieux et des élus depuis quatre années en signifiant ce manque cruel d’ouverture, d’appel d’air et de pluridisciplinarité avec une attache profonde aux pratiques amateures.

Rien ne bouge. Voilà aussi la lenteur de ces territoires, lenteur organisationnelle, lenteur par peur de la prise de risque ? Nous ne savons pas.

Le constat ? Les mentalités ne changent pas.

Comment penser des connexions mais aussi comment réparer et lutter contre les discriminations ?

La campagne ce n’est pas à opposer, ni à soustraire à la ville.

Dans cette hiérarchie territoriale qui file des boutons et oublie de restituer à la campagne sa complexité, nous aurions aimé que des places soient proposées pour des échanges éclairés.

Faut-il réduire la campagne à des idéologies, faut-il la bâillonner, la soumettre à des subjectivités ?

Est-ce la face fardée de la ville qu’on opposerait à la tête au naturel de la cambrousse ?

La ruralité: est-ce une carte postale conservatrice vectrice d’idées sexistes, rétrogrades et dangereuses ? Est-ce un endroit qui vit mal où les stigmates et les critères de discrimination sont omniprésents?

Pop culture Versus France profonde ? Quelle place pour la violence, la médisance, le secret ? Et pour L’obsession de l’Histoire qui doit se taire ?

Un malus rural de genre ?

La violence intrafamiliale et la campagne

47 % des féminicides ont lieu à la campagne, alors que seulement 33 % de la population française y habite.

Ce chiffre n’est pas nouveau. Il est issu d’un rapport d’information du Sénat de 2021.

L’isolement, la distance, la méconnaissance des dispositifs d’aide et l’entre -soi participent à l’aggravation des situations.

L’entre soi à la campagne: tout le monde se connait.

La ruralité amplifie les inégalités

Un tiers des femmes vivent en milieu rural, nous parlons de 11 millions de femmes mais leurs vies est peu racontée.

« Le territoire rural est, pour les femmes, un exhausteur d’inégalités… Ces femmes rurales vivent une inégalité systémique, qui crée une condition féminine rurale qu’on pourrait appeler un malus rural de genre. La ruralité ne crée pas les écarts ; elle les durcit. » 

45% de ces 11 millions de femmes sont inactives. Pour celles qui travaillent, elles ont des revenu moins importants que les hommes, du fait de leur carrière hachée, du travail à temps partiel et des périodes d’inactivités. Elles seront donc des retraitées plus pauvres.

L association Rura (ex-Chemins d’avenirs) publie une étude inédite sur le quotidien des femmes en ruralité (réalisée auprès de plus de 5000 personnes). Sa présidente Salomé Berlioux et son directeur du plaidoyer, Félix Assouly dévoilent en avant-première à Ouest-France les grands enseignements. A lire: Source: Ouest France, La ruralité amplifie les inégalités hommes femmes.

Reco lecture/culture

Voici quelques ouvrages, lectures, univers phasés avec l’expérience parfois douloureuse, souvent engagée de la vie au vert:

BD: retour à la terre (larcenet), Films : Princesse Mononoké, Fantastic Mr Fox, Brisby et le secret de NIMH, Chiens de paille (Sam peckinpah), Delivrance, Psychose, Les moissons du ciel (Malick), La poursuite impitoyable …

Livres: Le chien des baskerville (Sherlock), Les raisins de la colère (film John Ford comme livre).

Une série de réflexions écologique et sociale

Les Nuits de la lecture aurait pu offrir une série de réflexions écologiques et sociales, d’autant que l’IA prend une place considérable notamment au regard de l’offre de formation et de l’usage qu’en font les français!

Ces formations viennent, en effet, concurrencer celles sur le climat. Source Le Monde, Planète

Les acteurs de la sensibilisation à la transition écologique traversent une crise. En cause : reculs réglementaires, instabilité politique et détournement d’une partie des budgets vers l’intelligence artificielle.

Le comptage national des oiseaux des jardins

Et, oui, le dernier week-end de janvier, 24 et 25, c’est aussi le comptage national des Oiseaux des jardins!

L’opportunité encore, au cœur des questions culturelles, d’aborder la place des oiseaux et l’effondrement des populations d’oiseaux dans les jardins. Ces phénomènes sont liés aux crises de la biodiversité et du climat.

De nombreuses personnes ressources à l’échelle du département auraient pu être conviées pour intervenir lors d’une action de sensibilisation et de médiation…

On y va: LPO sciences participatives

Le grand rendez-vous du Comptage National des Oiseaux des Jardins est de retour ! Les 24 et 25 janvier 2026, la LPO et le Muséum national d’Histoire naturelle invitent tous les curieux de nature à consacrer 1 heure à observer et compter les oiseaux de leur jardin.« 

Nous sommes pour un DRY Year!

Toujours janvier mais pas que! Le dry january devrait être un dry year parce qu’à la campagne, on boit pas mal et que l’alcool fait partie des distractions, c’est surtout un enjeu de santé publique majeur!

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Pour les Nuits de la lecture, on ouvre un boulevard, celui de l’alcool et la littérature...

Guy Debord – Panégyrique, tome premier, Paris, Gallimard, 1993 (1989):

 » Quoique ayant beaucoup lu, j’ai bu davantage. J’ai écrit beaucoup moins que la plupart des gens qui écrivent; mais j’ai bu beaucoup plus que la plupart des gens qui boivent. »

La question des risques liés à l’alcool reste centrale. Avec un coût social estimé à plus de 118 milliards d’euros par an, l’alcoolisme est un problème de santé publique de premier ordre. 

L’État et les associations mènent des campagnes de sensibilisation pour limiter les excès, notamment à destination des plus jeunes. Toutefois, les campagnes de prévention peinent parfois à rivaliser avec les stratégies marketing des marques, omniprésentes sur les réseaux sociaux via des influenceurs. Source

Selon Santé Publique France, 7 % des décès sont attribuables à l’alcool, soit 49 000 chaque année

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